SASU ou EURL : choisir selon la façon dont vous voulez vous payer
SASU ou EURL : c’est souvent le premier vrai choix d’un créateur seul. On le présente comme une question juridique, c’est surtout une question d’argent : combien vous coûtera votre rémunération, comment vous pourrez vous verser des dividendes, et quelle protection vous aurez. Voici comment trancher, avec en prime ce que regarde réellement le banquier.
En bref
Choisissez l’EURL si vous voulez vous verser surtout une rémunération au coût social le plus bas : le gérant est travailleur non salarié, avec des cotisations d’environ 45 % de son revenu net. Choisissez la SASU si vous comptez vous rémunérer en partie en dividendes ou si vous voulez une protection proche de celle d’un salarié : le président est assimilé salarié, plus coûteux en charges, mais ses dividendes ne supportent pas de cotisations sociales. Pour la banque, ce n’est pas le statut qui compte, c’est le niveau de fonds propres.
Le point commun : une société à associé unique
La SASU et l’EURL sont deux sociétés unipersonnelles. Dans les deux cas, vous pouvez créer avec un capital symbolique, votre responsabilité est en principe limitée à vos apports, et la société peut accueillir de nouveaux associés plus tard (elle devient alors une SAS ou une SARL).
La vraie différence : votre statut social
| EURL (gérant associé unique) | SASU (président) | |
|---|---|---|
| Statut social | Travailleur non salarié | Assimilé salarié |
| Coût de la rémunération | Environ 45 % du net | De l’ordre de 75 à 80 % du net |
| Protection | Plus limitée (prévoyance, retraite complémentaire) | Proche d’un salarié, sans assurance chômage |
| Dividendes | Cotisations au-delà de 10 % du capital, des primes et du compte courant | Pas de cotisations sociales, flat tax de 31,4 % |
| Imposition par défaut | Impôt sur le revenu, option possible pour l’IS | Impôt sur les sociétés, option IR temporaire sous conditions |
En clair : l’EURL est plus économique si vous vous rémunérez surtout par un revenu régulier. La SASU devient intéressante quand une part significative de vos revenus passe par les dividendes, ou quand vous privilégiez votre protection sociale.
Trois profils, trois réponses
Vous voulez vivre de votre activité, simplement
Vous prévoyez de vous verser l’essentiel du bénéfice en rémunération. L’EURL vous coûtera moins cher en charges, à revenu net égal. Attention en revanche aux dividendes : avec un petit capital, ils sont presque entièrement soumis aux cotisations. Voir la rémunération du gérant majoritaire.
Vous voulez laisser grandir l’entreprise et vous verser des dividendes
Vous comptez vous verser une rémunération modérée et distribuer une partie des bénéfices. La SASU est mieux adaptée : ses dividendes ne supportent que la flat tax. Gardez une rémunération suffisante pour vos droits sociaux et pour vos futurs emprunts personnels. Voir les dividendes en SASU.
Vous créez en sortant du salariat, avec des droits au chômage
Le choix dépend alors du montage de votre rémunération avec vos allocations. C’est un cas à simuler précisément avec un expert-comptable ou un conseiller de France Travail.
Ce que regarde le banquier
Je vais vous surprendre : le statut juridique n’a presque jamais fait basculer un dossier. Ce que je regardais, c’était ce qu’il y avait dedans.
Un capital de 1 € est légal, mais il envoie un signal. Pour un financement, le banquier regarde vos fonds propres : le capital, les apports en compte courant bloqués, les réserves. Une société sous-capitalisée devra compenser par un apport personnel ou des garanties. Avant de choisir votre capital, pensez donc à votre premier prêt.
Ce que le banquier pense, sans vous le dire
« SASU ou EURL, ça m’est égal. Ce qui m’intéresse, c’est combien vous avez mis dedans. »
Pour aller plus loin sur ce point : le compte courant d’associé et ce que le banquier regarde vraiment dans votre dossier.
Et la micro-entreprise ?
Si votre activité démarre petit, la micro-entreprise reste la solution la plus simple. Mais elle a ses limites : plafonds de chiffre d’affaires, aucune déduction des charges réelles, faible lisibilité pour une banque. Nous expliquons quand en sortir dans passer de micro-entreprise à société.
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Questions fréquentes
Peut-on passer d’EURL à SASU plus tard ?
Oui, par une transformation de la société. C’est une opération juridique qui a un coût et des conséquences fiscales et sociales : mieux vaut choisir le bon statut dès le départ.
Quel capital mettre dans une SASU ou une EURL ?
Le minimum légal est de 1 €, mais un capital plus solide renforce vos fonds propres, la confiance de vos partenaires et votre dossier bancaire. En EURL, il élève aussi le seuil de dividendes exonérés de cotisations.
La SASU permet-elle de toucher le chômage ?
Le président de SASU ne cotise pas à l’assurance chômage au titre de son mandat. Un créateur qui a des droits acquis comme salarié peut, sous conditions, continuer à percevoir ses allocations au démarrage, quel que soit le statut choisi.
Les seuils et taux cités sont ceux en vigueur en 2026. Le choix d’une structure engage votre fiscalité et votre protection sociale pour plusieurs années : faites valider votre projet par un expert-comptable ou un avocat.
Sources. Loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 ; article L. 131-6 du Code de la sécurité sociale ; article 219 du Code général des impôts.
À propos de l’auteur. L’Ex-banquier a été chargé d’affaires entreprises pendant 10 ans, dans une banque mutualiste et dans une banque internationale, auprès de clients allant de startups en démarrage à des PME de 100 M€ de chiffre d’affaires. Aujourd’hui entrepreneur, il écrit anonymement pour parler librement de ce qu’il a vu des deux côtés du bureau. Les informations de cet article sont générales et ne remplacent pas un conseil adapté à votre situation.